être actif • être menbre • les associations d'aide

Le mouvement Gu-Chu-Sum

Yeshi Togden, Président

Dans son bureau, au premier étage de Lung-Ta House, Yeshi Togden, co-fondateur et actuel directeur du Gu-Chu-Sum, passe ses journées à recevoir et communiquer les dernières informations en provenance du Tibet. Il travaille en étroite collaboration avec le Tibetan Information Network (TIN), les différentes organisations gouvernementales ou non-gouvernementales de Dharamsala, et diverses associations pro-tibétaines de par le monde, pour attirer l’attention de la communauté internationale sur le sort des Tibétains, et plus particulièrement des quelque 650 prisonniers politiques toujours détenus dans les geôles chinoises.

Jetés en prison pour avoir participé à une manifestation pacifique, diffusé des affiches ou des tracts pro-indépendantistes, pratiqué un rite religieux ou avoir été trouvé en possession d’une image du Dalaï-Lama, ces derniers subissent au cours de leur détention les pires sévices physiques et psychologiques. Yeshi Togden a lui aussi connu, 8 mois durant, l’enfer de ces prisons et il sait qu’il est impossible d’oublier… oublier les mois ou les années de souffrance, les coups de barres de fer dont il porte encore les séquelles, le sang, les décharges électriques administrées sur l’ensemble du corps… "Pourtant, dit-il, tout cela était finalement plus facile à supporter que la faim et la soif, omniprésentes. Nous ne recevions qu’une poignée de tsampa et une tasse de thé noir le matin et, dans l’après-midi, un bouillon auquel avait été volontairement ajouté beaucoup de sel et de chilli. Il était toujours possible d’oublier la faim en sombrant dans le sommeil, mais la soif était terrible. Certains d’entre nous se sont résolus à boire leurs urines et je fus moi-même réduit à manger le dentifrice et le savon que l’on me donnait. Il m’arrivait parfois de prétendre un mal de gorge pour la seule sensation de boire du sirop". De nombreux prisonniers meurent toujours en prison, et plus encore demeurent à jamais mutilés. L’administration chinoise appelle cela "rééducation".

"A l’issue de mon séjour en prison, en juin 1989, j’ai été traîné devant un tribunal local qui m’a intimé l’ordre de ne plus jamais prendre part à une quelconque activité politique, de ne pas réintégrer le monastère de Gaden auquel j’appartenais, mais de retourner dans mon village et de ne le quitter qu’avec une permission des autorités, et jamais pour plus de 7 jours. Le 1er juillet 1990, je décidai de rejoindre l’Inde et trois mois plus tard j’étais à Dharamsala". A leur libération, aucune perspective de réinsertion ne leur étant offertes, beaucoup d’anciens prisonniers choisissent en effet l’exil, mais arrivent en Inde sans endroit où loger, sans emploi, ni beaucoup d'éducation. Certains souffrent de graves problèmes de santé dus aux mauvais traitements reçus en prison. "C’est pourquoi nous avons créé le Gu-Chu-Sum, explique Yeshi Togden. Notre mission première est de leur apporter une aide matérielle et financière, une assistance médicale et un soutien psychologique. Nous leur offrons également par la suite diverses opportunités d’emploi ou de formation".

Il se souvient en riant des débuts difficiles de l’association, fondée le 27 septembre 1991, avec 32 anciens prisonniers, des pains tibétains vendus dans la rue pour réunir un peu d’argent, du petit atelier de couture qui employait alors deux couturières, auxquelles il venait prêter main forte le week-end en confectionnant des chubas. "En 1993, à l’issue de mes deux années d’études à la Buddhist School of Dialectic, j’ai décidé de me consacrer à l’association en acceptant d’en assurer la présidence. J’occupais alors une modeste chambre dans Jogiwara Road qui fit longtemps office de bureau, et je gardais avec moi une petite valise métallique dans laquelle nous conservions nos documents les plus importants et les tracts que nous distribuions. Gu, Chu et Sum sont les chiffres tibétains 9, 10 et 3, correspondant aux mois de septembre et octobre 1987, et au mois de mars 1988, au cours desquels se sont tenues trois importantes manifestations pro-indépendantistes à Lhassa, la capitale du Tibet. Beaucoup de ceux qui prirent part à ces rassemblements furent emprisonnés, sauvagement battus et condamnés aux travaux forcés. Plusieurs manifestants ont été tués.

Ce n’est qu’à partir de 1995, quand deux Japonais décidèrent de nous soutenir financièrement que notre association a pu véritablement se développer".

L’année suivante débutait la construction de Lung-Ta House qui héberge aujourd’hui 70 personnes, un atelier de confection, une boutique où sont vendus articles de mode et vêtements tibétains, un centre d’apprentissage, un restaurant et un café-Internet, employant tous des membres de l’association. Cette dernière est l’une des 8 NGOs de Dharamsala et compte 256 membres. " Nous gérons une importante base de données des prisonniers politiques tibétains et des traitements qu’ils subissent en prison, ainsi que des abus des droits de l’homme au Tibet. Nous organisons des campagnes de sensibilisation pour leur libération et, quand cela est possible, leur faisons parvenir un peu d’argent pour les aider à leur sortie de prison. Nous publions les biographies d’anciens prisonniers politiques et éditons un magazine annuel " Tibetan Envoy ", en tibétain et en anglais. Nous organisons enfin divers événements tels que marches pacifiques, campagnes d’information, conférences, débats, pétitions ou grèves de la faim en association avec d’autres ONG ".

En l’an 2000, Yeshi Togden a été invité par l’International Tibet Independence Movement à participer à une marche pour la paix entre San Francisco et Los Angeles, puis à conduire une manifestation de plus de 10 000 personnes à Washington DC, de la Maison Blanche à l’ambassade de Chine. Au mois de novembre de la même année, il était invité au Japon pour rencontrer les représentants d’Amnesty International et donner une interview pour une radio d’Osaka.

Le bureau du Gu-Chu-Sum est élu tous les trois ans par les membres de l’association. Yeshi Togden n’est pas sur de se représenter aux prochaines élections, en septembre 2004. Il ne se fait pas de souci pour le futur de l’association, qui est fondée sur des bases solides, mais il pense que le Gu-Chu-Sum a besoin de nouvelles idées et de nouveaux hommes.

S’il avoue volontiers qu’il est merveilleux de pouvoir se déplacer librement, ici en Inde, sans avoir à regarder par-dessus son épaule, sans le sentiment d’être toujours suivi — une chose à laquelle il a mis du temps à s’habituer -, il regrette toutefois d’avoir quitté le Tibet dans la mesure où, dit-il, il est difficile ici d’affecter directement les Chinois.

 

 
Dernière mise à jour: 22.11.2004© 2004 Les Amis du Tibet